Ombre

Quand je dors, tu veilles dans l’ombre ; Tes ailes reposent sur moi ; Tous mes songes viennent de toi, Doux comme le regard d’une ombre.

Lamartine

 

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Ma petite maison

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Elle est là
Depuis un demi-siècle :
Ma petite maison bien-aimée.
« Mon père en avait extrait la pierre.
À la pelle, à la pioche
De ses terres
(Il fallait épierrer les champs)
Moellons jaunâtres
Et pierres de taille bleues.
Et quand il en a eu assez
Il a fait appel à des artisans.
Je me souviens.
J’étais petite encore,
Mais je me souviens. »
— Deux fenêtres, une porte
Regardent le sud.
— Un toit bleu aux yeux de verre.
Entre les deux cheminées :
Un grand foyer et un petit
Crachent des nuages gris ou de la fumée
Vers le ciel.
— Elle est appuyée à l’ancien logis.
« À présent c’est le domaine de Cybèle,
Ma vieille jument fleur-de-pêche. »
— Deux murs séparent
Ma petite chambre de la sienne.
Et chaque matin elle me réveille
En frappant du sabot le pavé.
— Est-ce qu’elle a faim ?
Est-elle pressée de me voir ?
Les deux ?
C’est possible !…

Anjela Duval

Un joli poème…

Anjela Duval (à l’état-civil Marie-Angèle Duval), née le 3 avril 1905 au Vieux-Marché, près de Plouaret (Côtes-du-Nord) et morte le 7 novembre 1981 à Lannion (Côtes-d’Armor), est une poétesse bretonne.

Elle est la fille unique d’une famille de cultivateurs, et avait repris la ferme. (son père mourut en 1941, sa mère en 1951). Elle était, en effet, leur fille unique, car sa sœur aînée Maia (morte à dix ans, mais restée présente dans certains poèmes) ainsi qu’un frère (Charles) étaient décédés avant sa naissance. Seule, car elle était restée célibataire (à cause de son refus obstiné de suivre dans l’« exil » l’homme qu’elle aurait aimé, un marin qu’elle fréquenta alors (en 1924-1926 dit-on). C’est une paysanne pauvre et simple qui écrit ses poèmes sur un cahier d’écolière dans sa petite maison du Vieux-Marché à Traoñ an Dour, hameau isolé après sa rude journée de travail aux champs.

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Le temps des cerises

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Cerise…

Une peau douce à souhait,
Légèrement dorée
Par le soleil mutin
Qui joue malicieusement
Avec les rondeurs délicates
Cachées à l’ombre du cerisier,
Une chair divinement sucrée
Dépose sur la bouche gourmande,
Des saveurs de Paradis,
Eveillant voluptueusement
Les sens en appétit…

Telle était Cerise !
Et bien des hommes
Se souviennent avec nostalgie
Du joli temps jadis,
Où la délicieuse jouvencelle
Chevelure de miel, regard de ciel,
Offrait à ses jeunes amants
La beauté radieuse de ses vingt ans,
Sa peau de satin, ses seins blancs,
Lorsque s’abandonnant à leurs caresses,
Sous le cerisier… elle se laissait croquer !
Véronique AUDELON

Les œufs de pâques

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ŒUFS DE PAQUES

Voici venir Pâques fleuries,
Et devant les confiseries
Les petits vagabonds s’arrêtent, envieux.
Ils lèchent leurs lèvres de rose
Tout en contemplant quelque chose
Qui met de la flamme à leurs yeux.
Leurs regards avides attaquent
Les magnifiques œufs de Pâques
Qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
Magnifiques, fermes et lisses,
Et que regardent en coulisse
Les poissons d’avril, leurs voisins.
Les uns sont blancs comme la neige.
Des copeaux soyeux les protègent.
Leurs flancs sont faits de sucre. Et l’on voit, à côté,
D’autres, montrant sur leurs flancs sombres
De chocolat brillant dans l’ombre,
De tout petits anges sculptés.
Les uns sont petits et graciles,
Il semble qu’il serait facile
D’en croquer plus d’un à la fois ;
Et d’autres, prenant bien leurs aises,
Unis, simples, pansus, obèses,
S’étalent comme des bourgeois.
Tous sont noués de faveurs roses.
On sent que mille bonnes choses
Logent dans leurs flancs spacieux
L’estomac et la poche vides,
Les pauvres petits, l’œil avide,
Semblent les savourer des yeux.
Marcel Pagnol